Après Sex in the City, Ice in the Storm

Publié le par Lucie




Vendredi 1er février 2008. This was gonna be the longest day of my life.




10h30 : affrontage de la tempête qui se lève doucement sur la ville de Québec pour me rendre à l'université.
11h30 : assistage à la conférence donnée par Alain Bloch sur le MS Entrepreneurs d'HEC Paris. Neurones en ébullition, excitation synaptique, des idées de projets qui fusent plein la tête, filet de salive qui se forme au coin de la bouche en découvrant la qualité du programme et les moyens de fou mis à disposition pour créer sa première entreprise, retroussage de manches devant ce qui me paraît être un nouveau beau défi à relever (pas plus de 5 chances sur 1000 d'être admissible) avant Kaboul, et poignard au coeur en apprenant le coût de la formation : 16 000€ l'année. Chienne de vie.
13h30 : travaillage personnel.
15h30 : piscine avec Aude, contractage de muscles fessiers à revers de longueurs. 
16h30 : sauna.
17h30 : état de zenitude rare. 

18h00 : départ pour une soirée découverte de l'hôtel de glace du Québec / raquettes sur la banquise du lac Saint-Joseph, alors qu'une tempête bat son plein, et justifie le niveau rouge de toutes les alertes sécurité lancées par meteomedia. Juste avant le top départ, Ambroise, organisateur de la sortie, me scrute de bas en haut. "Lucie, t'as-tu rien oublié ?" Toujours empêtrée dans mon état de détente absolue, des vapeurs d'eau chaude jusqu'au bout des cheveux, avec éventuellement un pic de tension à 2, je checke tout. Mitaines, tuque, manteau, bottes, raquettes... J'ai pensé à tout, et c'est mon ultime bafouille. "Mais voyons donc Lucie, dehors c'est la tempête et tu vas faire des raquettes en jean ??? Il est où ton pantalon de ski ?" Ooooops. J'avais complètement oublié de prendre un pantalon de ski. C'est ballot. Bagatelle que tout ceci, je monte au moins à 3 de tension, et je soutiens que je suis une femme forte et que je peux faire face à la tempête et à la poudreuse en jean. Puis quand le groupe se ligue pour me trouver une tenue adéquate, je prends, doucement mais sûrement, conscience de ma bêtise sans nom. A tous ces gens qui réfléchissent avant d'agir, je dis aujourd'hui : MERCI. Dorénavant, je saurai qu'un sauna avant le sempiternel combat "homme Vs Nature" est déconseillé. Et je saurai aussi à quoi ressemble une tempête vécue depuis l'oeil du cyclone... ou du moins, je m'en ferai une meilleure idée que ceux qui restent tranquillement chez eux au chaud en attendant que les 40 cm de neige soient tombés. Surtout, je saurai que le pantalon de ski est mon meilleur allié et que l'oublier est la pire marque d'ingratitude que je puisse lui faire.







Non sans peine, nous sommes arrivés jusqu’au célèbre hôtel de glace, à 30 km seulement de Québec. L'hiver québécois ne serait pas un hiver tout à fait complet sans cette œuvre féérique. Chaque année, des architectes pensent un nouveau design et des sculpteurs viennent transformer le fruit de leur imagination en réalité, à partir de deux ingrédients seuls : la glace et la neige. Le résultat est époustouflant. Y passer une nuit est sans conteste une expérience à vivre... dont le prix a le mérite de donner un petit coup de chaud en passant. Je vais donc garder le cocktail peau de bête / glace pour mes fantasmes les plus fous, et me contenter sagement de mon petit lit classique pour un bout de temps encore...



Voici quelques images...




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Ci-dessous, je vous présente la belle Eurydice, qui bouleverse à elle seule tous les codes de séduction tels qu'on les connaît. Sirotant ici dans un verre de glace du whisky au sirop d'érable, elle rendrait même enviable la tenue du bonhomme Michelin :



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Et moi, je vous fais envie comme ça ? Oui, je sais, pas facile...



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L'hôtel de glace est également connu pour la chapelle qui lui est, année après année, jumelée. Pourquoi une chapelle ? Pour se marier pardi... Les cérémonies qui s'y déroulent font office de mariages civils, car une bâtisse qui fond à chaque printemps et devient boueuse, ne peut pas être considérée comme sacrée dit-on. La mariage homosexuel étant autorisé au Canada, plusieurs couples gays américains se rendent à 30 km de chez moi chaque hiver pour sceller leur union. Je ne sais pas vous, mais entre me marier dans une mairie traditionnelle, voire même en 15 minutes à Las Vegas, ou dans une chapelle de glace, dans une robe blanche digne de celle de la reine des Neiges, le choix est fait... Par contre, je dois admettre que je préférerais consommer ma nuit de noces autrement qu'emmitouflée dans des doudounes North Face...



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Pour la première fois de ma courte vie d'exploratrice, j'ai dérogé à ma règle, celle d'allumer un cierge dans chaque monument religieux qui me toucherait en souvenir de ma mère, pour des raisons évidentes.




Que de rêves, que de rêves... Très vite toutefois, nous fîmes place à l'action ! Après cette visite de l'hôtel de glâce, nous sommes allés dans les sous-bois, aux abords du lac Saint-Joseph, guidés dans la nuit noire par le bruit du vent, quelques lampes frontales, sans oublier la phosphorescence de la bien tendre neige au sol. 



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Raquettes aux pieds, nous nous sommes ensuite engouffrés sur le lac glacé, en prenant garde d'être assez espacés les uns des autres pour ne pas provoquer des failles dans les plaques de glace que nous foulions. Oui, mes amis, j'ai l'honneur de vous annoncer, que moi aussi j'aurais pu décrocher le rôle titre de la Marche de l'Empereur. J'ai adoré avancer, transie de froid sur la banquise, à l'aveugle, poussée par le vent quand par chance, je ne l'avais pas en pleine face. L'impression de liberté que l'on a, paradoxalement, quand la nature nous rappelle sa toute puissance, est incroyablement grisante.



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C'est clair : le meilleur lieu pour faire une randonnée en raquettes, c'est en plein coeur d'une tempête. Quand prudence, excitation, surprise, émerveillement et adrénaline s'entremêlent, l'orgasme suit. J'ose le dire : se frotter aux caprices d'une tempête hivernale, c'est réellement une expérience orgasmique à vivre. Orgasmique, orgasmique... peut-être pas pour le membre du groupe dont l'appareil photo numérique s'est vu emporter par le vent en dehors de sa poche... Toutes mes condoléances les plus sincères. Car pire que chercher une aiguille dans une botte de foin, il y a vouloir revenir sur ses pas, dont les traces sont instantanément recouvertes par la neige tombante, pour chercher un appareil photo perdu quelque part sur une grande banquise, de nuit.

 

Publié dans Club Laval

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